”C’est à nous avocats de créer notre marché et ne pas rester passif”, Me Samya BADOURALY, une avocate créative

Maître Samya BADOURALY est avocate au barreau de Paris, fondatrice des legaltechs Prodroit, Juripay, TEG-innovo et trésorière d’Avotech, le do Tank des avocats legatechers. Créative et entreprenante, Samya BADOURALY a su créer de nouveaux marchés du droit en offrant des services juridiques dans des contentieux nichés, tout en exploitant largement les canaux digitaux pour attirer une nouvelle clientèle. Retour sur cette créativité entrepreneuriale que l’avocate a mis au service du droit et du justiciable.

Avec TEG, vous avez été l’un des avocats pionniers à monter une legaltech. Qu’est-ce qui a changé entre 2014 et aujourd’hui dans l’appréhension des legaltechs par les avocats et les instances représentatives ?

Entre 2014 et maintenant, l’appréhension des legaltechs par les avocats a beaucoup évolué. Au départ, le phénomène suscitait de la crainte qui s’est peu à peu transformée en fascination. Aujourd’hui, le phénomène legaltech est de plus en plus intégré par les avocats et la venue de l’article 111 du Décret Macron a facilité les choses. Néanmoins, beaucoup de questions restent en suspens. Par exemple, la question de la connexité et du caractère accessoire de la legaltech par rapport à notre activité principale : quel est le critère déterminant pour juger du caractère accessoire d'une legaltech créée par un avocat par rapport à l’activité classique de son cabinet ? Est-ce le revenu, le temps passé, la notoriété ? 

Face à ces doutes, nous trouvons nous-mêmes les réponses et Avotech s’inscrit dans cette logique de réflexion et d’entraide entre confrères. Nous fonctionnons également par mimétisme en nous fiant à ce que font les confrères ou d’autres legaltechs. On sent toutefois une bonne volonté des Ordres de permettre le développement de nos projets legaltechs. À titre personnel, TEG-innovo a été lauréat de l’édition 2016 du Prix de l’Innovation du Barreau, ce qui nous a rassuré sur le soutien de nos confrères et une légitimité de notre solution auprès de nos clients.

TEG, Prodroit et Juripay ciblent tous les trois des contentieux nichés, respectivement, les crédits immobiliers, les baux commerciaux et les créances impayées. La spécialisation des avocats est-il un choix personnel et/ou un choix de marché ?

J’ai lancé la plateforme TEG-innovo, car j’ai moi-même voulu faire auditer la légalité de mon emprunt immobilier. J’ai fait auditer mon crédit et je me suis rendu compte que la banque avait commis une erreur dans le calcul du TEG de mon crédit. J’avais donc trop payé et je pouvais récupérer ces sommes injustement perdues. J’ai recherché un confrère en vain sur internet avec une offre claire, forfaitaire et packagée sur ce contentieux de masse. D’où l’idée de créer teg-innovo.com

La logique est la même sur Prodroit, je reçois des contrats de baux commerciaux, nous procédons à l’audit et informons le locataire sur la présence d’anomalies. 

Ma démarche consiste donc à informer le client de ses droits et de lui proposer une solution simple, rapide et accessible. Plus que l’accès au droit à proprement parler, les legaltechs informent les gens sur leurs droits avant de leur proposer une solution. C’est une démarche un peu à l’américaine de judiciarisation de la société dans le but de garantir les droits du justiciable. J’ai trouvé ça intéressant plutôt que de rester sur des contentieux un peu classique comme le divorce ou le droit du travail. 

Le rapport Haeri pointe justement du doigt le fait que de nombreux pans du droit restent encore inexploités. Au final, les clients qui viennent via le canal de la legaltech pour un point de droit précis, comme la clause d’indexation et le TEG, nous sollicitent pour des dossiers plus généraux. Une fois qu’ils nous connaissent, ils nous font confiance, et cela génère du contentieux annexe. 

Que ce soit sur TEG, Juripay ou Prodroit, vous proposez systématiquement une première offre gratuite et des offres packagées. Le Freemium et le packaging sont-ils des nouvelles manières de vendre la prestation juridique ?

Au départ, j’étais sceptique sur le gratuit, car je ne concevais pas qu’un client accepte de payer par la suite. Finalement,  les clients attirés via une offre gratuite sont très demandeurs d’une prestation complémentaire par la suite. Tout dépend du contentieux concerné, mais je pense qu’un versant gratuit est indispensable pour les legaltechs. 

Ainsi, sur Prodroit, nous mettons à disposition du justiciable une trentaine de modèles de qualité rédigés par des avocats sur les baux commerciaux. Ces modèles sont gratuits et le resteront. De toute façon, le client à la recherche d’une offre gratuite finira par la trouver sur la toile alors il nous appartient de lui mettre à disposition un modèle de qualité.  

Sur Juripay, on propose au justiciable qui souhaite se faire payer, une mise en demeure gratuite, simple et rapide. Souvent, le montant de la créance est proche des honoraires classiques d’un avocat, le client n’irait donc pas voir un avocat pour la récupérer. Dans ce cas, c’est intéressant de se dire que, grâce à la legaltech (volume d’affaires et optimisation des process), ce contentieux revient aux avocats. 

Et en plus, cela reste rentable pour eux. Commercialement parlant, le freemium permet de générer des leads que l’avocat peut exploiter pour transformer le tire et capter une nouvelle forme de clientèle. 

Le fait de packager une offre, cela donne de la transparence au justiciable. Il sait à quoi s’attendre. C’est une nouveauté en droit, car jusque là, les offres juridiques étaient encore floues pour le justiciables. Depuis que la convention d’honoraires est devenue obligatoire, les offres sont un peu plus détaillées. Le packaging est une façon moderne de formaliser une offre pour l’avocat. Le packaging permet aussi de mieux travailler avec les avocats, car cela permet d’anticiper la quantité de travail en amont. 

JuriPay et Prodroit sont des plateformes qui associent des avocats partenaires. Dans ce schéma, vous vous positionnez plutôt en tant que chef d’entreprise ou en tant qu’avocate ?

JuriPay et Prodroit sont des plateformes qui proposent des services juridiques aux justiciables mais ce sont aussi des réseaux d’avocats. Nous travaillons avec des avocats partenaires qui rendent les consultations juridiques ou qui rédigent des mises en demeure. Dans ce schéma, je me positionne en tant que chef d’entreprise, je génère et gère  le réseau d’avocats. Je veux qu’ils sentent qu’ils sont bien accompagnés. Ensuite, nous travaillons à réduire au maximum le travail de nos avocats partenaires. 

Je me positionne donc en tant qu’avocate-chef d’entreprise. Mais, je pense qu’il y a différente manière d’exercer la profession. Tous les avocats ne sont pas obligés de se lancer comme on le fait. Mais créer un site internet, rendre visible sa spécialité, pratiquer le référencement, amènera toujours plus de leads aux avocats que les canaux traditionnels.

Auteur

Alex RUISSARD

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