”L'avocat, lui aussi, est capable d'être entrepreneur”, Me Mathieu DAVY, fondateur d’Avotech et de Callalawyer

Avocat et entrepreneur dans l’âme, Mathieu Davy a fondé Avotech, la première association d’avocats créateurs de legaltechs (plus de 25 à ce jour), dont l’ambition est de créer les services juridiques de demain, ainsi que de promouvoir l’accès au droit par le numérique. Son président revient sur les missions de l’association et nous dresse les traits qui caractérisent la nouvelle génération d’avocats qui entreprend.

Pouvez-vous nous dire ce qui a inspiré la création d’Avotech ?

La création d’Avotech a émergé autour d’une idée forte : les legaltechs peuvent être faites avec l’avocat, pour l’avocat et par l’avocat. Ce n’est pas une évidence, parce que les plateformes de mise en relation font déjà participer les avocats. Pour autant, elles ne sont pas conçues, dirigées, ni administrées par des avocats. Nous estimons que l'avocat n’a pas à être passif dans cette économie digitale et que lui aussi est capable d’être entrepreneur et décideur de ses propres solutions d’accès au droit.

Comment s’est fait le rapprochement avec les avocats ?

Durant l’été 2017, j’ai identifié d’autres avocats, qui comme moi, se lançaient dans l’aventure legaltech à travers des marketplaces B2B ou des plateformes de mise en relation entre avocats. Le rapprochement s’est fait assez spontanément. D’ailleurs, c’est un vrai club associatif, en ce sens que nous avons à un vrai plaisir à nous retrouver. Alors même qu’il peut naturellement exister des concurrents au sein d’Avotech, nous constitutons des groupes de réflexion et d’action pour faire grandir ensemble nos startups et parler d’une seule voix auprès des institutions politiques et représentatives. Aujourd’hui, nous sommes plus de 30 avocats dans toute la france dont une moitié à Paris et l’autre dans d’autres grandes villes comme Marseille, Aix-en-Provence, Lyon, Bordeaux, Toulon ou Rennes.

Avotech est structuré autours de plateformes qui proposent des services juridiques en ligne. Le numérique est-il une solution pour démocratiser l’accès au droit ?

Le numérique est une opportunité exceptionnelle pour permettre à tout justiciable de faire valoir ses droits. Et en ce sens, il dépoussière ce vieux système selon lequel une catégorie de personnes, par manque d’argent, de connaissances ou de réseaux, n’a pas le droit d’accéder à un avocat. C’est très injuste et je trouve que le numérique remet de la justice et de l’équilibre dans ce système. Avec les plateformes que nous avons développé, dont les offres sont souvent très accessibles, il est possible d’accéder en quelques clics au savoir juridique, de défendre ses droits et de gérer son problème du quotidien comme un divorce, une création d’entreprise ou un problème du voisinage. 

Finalement, c’est la mission de base qui nous a été dévolu lorsque l’on a prêté serment. En effet, la mission de l’avocat est de défendre tous les justiciables, sans considération de revenus ou de milieux sociaux. Ces plateformes reviennent à cet esprit. Pour ma part, j’ai créé Call A Lawyer, une plateforme de mise en relation avocat-client : 20 euros pour 20 minutes avec un avocat. Si cela peut en faire crier certains, beaucoup de gens nous remercient parce que grâce à nos tarifs attractifs, ils retrouvent de l’intérêt à consulter un avocat. Chose qu’ils n’auraient pas fait pour un sujet de 200 ou 300 euros. Il en va de même pour les documents juridiques sur internet comme un contrat de travail ou un contrat de service. C’est donc important que ce message d’ouverture et de démocratisation soit porté par des avocats.

En facilitant l’accès au droit, le numérique amène-t-il une nouvelle forme de clientèle à l’avocat ? 

En intégrant la technologie dans nos services, nous sommes en train de créer de nouveaux marchés en aspirant des personnes qui ne venaient plus à nous. Qu’il s’agisse d’une vieille clientèle qui s’est déportée de nous sous l’effet de la concurrence évidente des legaltechs et d’autres professions du droit comme les experts comptables, ou d’une jeune clientèle comme les milleniums. Ces milleniums âgés de moins de 35 ans ne vont pas ouvrir un annuaire pour rechercher un avocat et se rendre dans une salle d’attente. Leur premier réflexe face à une situation juridique est d’utiliser internet pour trouver de l’information et entrer en relation avec un avocat. Croire l’inverse est dangereux et c’est ce qui fait que la profession d’avocat est en train, petit à petit, de perdre des parts de marché. Puisqu’on nous trouve sur internet, il faut être sur internet.

Aujourd’hui, tout avocat digne de ce nom doit doit être présent sur internet via son propre site, sur lequel il peut faire du blogging, mettre du contenu en libre accès et créer un écosystème autour de son identité digitale. Ajouté à cela, l’avocat doit être présent sur les réseaux sociaux afin de compléter sa communauté et son identité. Notamment en disposant d’un linkedin bien travaillé, d’une page facebook si c’est d’avantage son ADN et d’un compte twitter s’il a plus des velléités de communication régulière.

Internet est-il un vecteur de croissance pour la jeune génération d’avocat ?

Les jeunes avocats se montrent plus présents dans l’écosystème legaltech. Beaucoup d’entre eux sont inscrits simultanément sur plusieures plateformes de mise en relation, en se disant que cela peut leur rapporter 4 ou 5 clients supplémentaires à la fin du mois. Autrement, sur un contentieux niché, l’avocat peut constituer son propre site internet sur lequel il package son offre de service pour la rendre plus accessible pour le justiciable et ainsi décupler sa captation de client sur ce contentieux. Internet offre donc une nouvelle manière de développer son cabinet, ce qui permet à de jeunes avocats de s’installer plus rapidement. 

Le système traditionnel veut qu’après 5 ans d’études, l’avocat soit stagiaire puis qu’il exerce comme collaborateur 6 ou 7 ans avec un patron pour enfin espérer s’installer à son compte vers 30 ou 35 ans. C’est un processus un peu long et désuet. L’avocat par principe, c’est un libéral qui a envie de se développer, d’être lui même sa petite entreprise. Le numérique permet d'accélérer cela. Si l’on est bon dans sa matière, si on s'intéresse au marketing digital, le numérique peut accélérer son développement. On peut se dire qu’à 30 ans, on est capable d’avoir son cabinet, sa plaque, son site et pourquoi pas sa propre legaltech.

Nous allons bientôt créer Young Avotech au sein des écoles de barreau afin de porter ce message aux plus jeunes dès le stade de leur formation. C’est important que la nouvelle génération intègre l’idée que le digital est lié à sa manière de pratiquer le métier d’avocat. La nouvelle génération d’avocats doit comprendre l’écosystème, savoir comment ça marche. c’est pour cela que l’on veut les accompagner dès le début. 

Compte tenu de son succès, Avotech a-t-il vocation à devenir plus qu’une association d’avocats ?

Pour l’instant, Avotech est en quelque sorte un Amazon du droit sur lequel le justiciable peut trouver un catalogue de solutions à ses problèmes juridiques. Mais ce n’est pas qu’un simple annuaire d’avocats. Nous partageons cette envie de nous rassembler, que ce soit dans notre manière de travailler, nos communautés et nos partenaires afin d’exploiter toutes les opportunités de développement. On l’initie déjà à travers nos conférences et les “Legal Tuesday” où se rencontre tout un écosystème composé d’avocats, d’entrepreneurs, d’investisseurs et de développeurs.

Sur un horizon 2019-2020, nous réfléchissons à des rapprochements structurels entre legaltechs pour offrir des packages juridiques globaux plus intéressants pour le justiciable, ce qui pourrait donner naissances à de gros acteurs sur le marché.

Auteur

Yanis OUMSALEM

CEO cleasy.io

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