”Quand on est avocat, on est entrepreneur du droit”, Me Jérôme GIUSTI, un avocat éclectique

Ex-fondateur du cabinet 11.100.34 et cofondateur du récent cabinet Metalaw, Jérôme GIUSTI est avocat, entrepreneur de legaltechs comme FastArbitre et vice-président du do tank Avotech. En parallèle, Il est également président d’une association humanitaire de juristes et d’avocats Droits d’urgence et expert associé à la fondation Jean Jaurès. Jérôme GIUSTI revient sur son parcours éclectique et nous évoque les transformations du métier d’avocat.

Après la belle réussite de 11.100.34 qui a su démontrer très tôt qu’il y avait un véritable marché juridique des startups, quelles sont vos ambitions avec la création du cabinet Metalaw ?

Au bout de 10 ans d’exercice chez 11.100.34, j’ai voulu explorer de nouvelles façons d’exercer le droit. C’est systématique chez moi : lorsque je me considère dans une situation confortable, je recherche l’inconfort d’un nouveau challenge. Avec Metalaw, j’ai pour ambition de travailler sur du droit qui ne se cantonne plus seulement à de la pure technique. Nous envisageons le droit au travers du politique, du changement de société et de la transformation au sens large. D’où la référence du nom de notre cabinet au droit méta. Si Metalaw continue de suivre majoritairement des startups, nous suivons également des grandes entreprises et des institutions publiques avec comme volonté commune de les accompagner dans la transformation de leur métier, notamment par le numérique. 

Cet attachement à vouloir accompagner les startups est-il une manière de participer indirectement à l’innovation ?

La volonté d’accompagner les startups est autant un défi personnel que professionnel. Pour certaines startups, c’est la première fois qu’ils rencontrent un avocat avec la croyance que le droit freine l’entreprise. Il nous incombe donc de leur démontrer que l’on est utile. Du point de vue professionnel, nous sommes au plus près de l’innovation et cette proximité nous permet de dégager des tendances comme la blockchain ou les chatbots. Intellectuellement, nous sommes amenés à réinterroger des grands concepts du droit et à réfléchir, à la manière des pouvoirs publics, sur l’état du droit positif. 

Il y a tout de même des spécificités à travailler avec des startups. Par exemple, les startups attendent de nous plus de proximité, plus de réactivité et des tarifs plus adaptés comme nous le faisons avec la forfaitisation de nos honoraires. Mais malgré ces différences de forme, les exigences en matière de qualité du droit demeurent les mêmes qu’avec de grandes entreprises. Pour nous, il n’y a pas de pseudo-droit, ni de para-droit.

Vous avez fondé FastArbitre, une plateforme d’arbitrage en ligne destinée aux entrepreneurs. Est-ce le prolongement logique de cette volonté d’accompagner les startups ?

FastArbitre est né du constat que les entrepreneurs sont sévèrement freinés dans leur activité lorsqu’un litige se présente à eux. Pour autant, les litiges sont fréquents dans la vie d’un entrepreneur que ce soit à l’occasion d’un conflit entre associés ou avec un client. Or, ces litiges vont mobiliser l’entrepreneur au détriment de son activité principale, que ce soit à cause de la durée d’un procès, des dépenses qu’il induit ou des inquiétudes qu’il suscite.

C’est pourquoi, nous proposons une solution pour résoudre les litiges en moins de deux mois, de façon totalement dématérialisée ce qui évite les déplacements inutiles et à un prix forfaitaire ce qui rend le service accessible. Surtout, la plateforme FastArbitre permet aux parties de visualiser la force de leurs arguments dans un arbre de la discorde qui amène plus facilement les entrepreneurs à négocier, concilier et trouver un terrain d’entente.

FastArbitre propose une première offre gratuite. Le freemium est-il une manière de promouvoir l’accès au droit ?

Si depuis peu, les avocats peuvent exercer une activité commerciale connexe à titre accessoire au sens du décret Macron, nous ne devons pas oublier qu’il y a une part de probité, d’humanité et de désintéressement dans notre serment. À ce titre, les services juridiques proposés par les avocats sur internet sont une manière de redonner du sens à cela. Surtout qu’un bon nombre d’entre eux comprennent une partie gratuite. 

D’ailleurs, il y a beaucoup de choses qui aujourd’hui ne se vendent plus et qui ne s’achètent plus, comme l’information juridique ou certains actes juridiques. Par exemple, nous avions lancé Jurismatic, un site internet qui met gratuitement à disposition du justiciable une série de modèles de documents juridiques rédigés par des avocats. En contrepartie, la gratuité nous permet de pénétrer le marché, de gagner en visibilité et de créer des standards. C'est certes une démarche commerciale, mais c'est aussi et surtout une conviction.

L’aventure entrepreneuriale séduit de plus en plus d’avocats. Comment expliquer cet engouement ?

Quand on est avocat, on est entrepreneur du droit. Surtout depuis le décret Macron qui nous autorise à exercer une activité commerciale à titre accessoire. Pour autant, nous sommes dans une minorité commerciale car il faut nous donner davantage de moyens de faire fructifier cette entreprise. Nous faisons partie d’un vaste marché sur lequel de nouveaux opérateurs, les legaltechs, sont apparus et avec lesquels il faut composer. 

Je me montre optimiste sur l’avenir de la profession d’avocat car le métier d’avocat ce n’est pas que du produit, c’est aussi de l’intuitu personae où notre personnalité est importante dans la relation-client. Chaque avocat a sa personnalité et doit la défendre. Toutefois, l’avocat doit se réformer. Il doit sortir de ce corporatisme et démontrer qu’il mérite encore sa marque face aux legaltechs. C’est d’ailleurs le message porté par Avotech, le do tank des avocats créateurs de legaltechs.

Comment avez-vous appréhendé la transformation du métier de l’avocat ?

Aujourd’hui, le client a plus d'accès à l'information juridique. Pour autant, cela ne veut pas dire que l'information va tuer le conseil. Au contraire, l’information juridique permet d’étendre le périmètre du droit. Et puis, comme le souligne Kami HAERI dans son rapport sur l’avenir de la profession, le justiciable attend des avocats qu’ils soient plus lisibles, plus réactifs et, seulement en dernier lieu, qu’ils proposent un prix adapté à ses besoins. Je crois donc à l'idée que le droit va aller vers moins de formalisme, et de plus en plus vers des modes alternatifs.

Et pour y arriver, la transformation des avocats ne passe pas que par la technologie, elle est aussi d’ordre culturel comme le marketing, le legal design ou la relation-client qui permettent de se différencier. Personnellement, j’ai un esprit créatif qui me ramène vers des choses plus originales comme une forte identité visuelle qui s’exprime toujours au second ou au troisième degré. C’est aussi un moyen de se distinguer commercialement. 

Auteur

Sarah Vallet de Payraud

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